The dark side of the web

 Mais où est donc passée la démocratie ?

Avant tout, je me dois de mentionner que j’ai vécu mes classes d’école primaire dans un cadre très strict, à une époque et à un endroit où l’instituteur et l’institutrice étaient des personnes adulées et respectées, glorifiées sur un piédestal. Très, voire trop. À un tel point que leur déification dans l’imaginaire collectif leur octroyait de facto la fonction à la fois exécutive, législative et judiciaire dans l’enceinte de l’école primaire, leur permettant ainsi de maintenir une certaine forme répression auprès des élèves sans avoir à s’inquiéter d’une éventuelle contradiction avec la moralité, ce qui les amenait parfois à appliquer auprès de candides enfants et sans quelque procès que ce soit des sanctions punitives décidées par leur bon vouloir qui les auraient conduits tout droit devant les tribunaux civils à notre époque si leur départ en retraite ne les avaient pas contraints d’arrêter d’exercer.

Ouais, d’entrée, je balance. Et je mets pas de virgules. Proust Power ®

Le seul avantage dont nous, élèves purs et candides, pouvions bénéficier de ce traitement, est une tendance à ne jamais moufter et une propension à retenir nos leçons, gravées dans nos cerveaux et malgré les années, aussi fraîchement que subsiste aujourd’hui encore le souvenir de la dureté des sièges du petit train touristique arpentant les rues pavées d’Avignon sur mon postérieur délicat.

Au milieu de tous ces souvenirs de cette douce époque qui se bousculent encore dans ma tête, je me remémore parfois certaines leçon d’éducation civique. On nous enseignait, à nous jeunes enfants, naïfs et crédules que nous étions, que chaque citoyen était l’égal de tous les autres, et que c’est grâce à ce principe d’égalité que l’opinion de chacun pouvait être exprimée lors des votes, et que c’est comme cela que fonctionnait la démocratie si chère à notre belle République Française. Sortez les mouchoirs, camembert, vin rouge et saucisson, et entonnez en chœur la Marseillaise en signe de dévouement sans faille à votre chère Patrie.

Sauf qu’en réalité, ça ne fonctionne pas comme ça. Bullshit.

Aujourd’hui, j’ai enfin le droit d’oublier tous ces beaux principes d’éducation civique appris en école primaire, tous ces beaux principes sur la démocratie, pour retenir en contrepartie une belle leçon de vie : peu importe le nombre de voix dans les urnes, un résultat proclamé fait foi.

Désolé, habitants de Mayotte, désolé, habitants de Wallis-et-Futuna, désolé, habitants de Nouvelle Calédonie, mais vos voix ne comptent pas. L’argent qu’on vous a extorqué en échange de votre carte d’adhérent à l’UMP sert uniquement à financer des lipdubs grotesques, en aucun cas à vous donner une fraction de pouvoir décisionnel sur le nouveau représentant du parti. Car on vous a oublié. Les cocos de la COCOE ont un peu mélangé leurs vieilles leçons de l’école primaire lors de l’exercice du comptage des voix. Ça serait difficile de leur en vouloir : les chiffres, les additions, tout ça, ce sont des choses apprises il y a un paquet de temps ! Vous vous souvenez de toutes les dates des grandes batailles de l’Histoire de France apprises en primaire, vous ? Bon, alors, je vois pas où est l’embrouille. Et puis, il faut dire que vous n’y mettez pas du votre : vous résidez dans l’hémisphère sud, vous vivez sur des fuseaux horaires différents, vous avez un TLD et un indicatif téléphonique à part… Putain, merde, faites un effort d’intégration !

Toujours est-il que les cocos ont proclamé leur résultat à l’arrache sans rien vérifier, en dépit du bon sens. Et puisque c’est proclamé, impossible de revenir en arrière. Toute ressemblance avec l’élection de Bush contre Gore en 2000 est purement fortuite. Si j’étais conspirationniste, je dirais que ça daube la magouille à plein nez.

Mais nous pouvons tirer des leçons de tout cela. J’ai appris un truc aujourd’hui. On ne revient pas sur un résultat officiellement proclamé même quand celui-ci est injuste et aberrant. En vertu de cette règle, je me proclame officiellement Empereur de France. Ne venez pas me faire chier avec des arguments moisis comme quoi il n’y aurait pas eu d’élection, ou comme quoi ça serait soi-disant anticonstitutionnel, vos arguments seraient irrecevables, puisque je l’ai officiellement proclamé.

Ma prise de pouvoir est immédiate, et les articles de loi suivants prennent effet ce jour :

  • Article 1 : M. AlphaK est élu à la majorité absolue Empereur de France, représentant suprême de la République Française et chef des armées.
  • Article 2 : Le Président de la République devient le serviteur direct de l’Empereur de France et met son pouvoir exécutif à son service. L’Empereur de France peut dissoudre le Président de la République. Littéralement, si besoin.
  • Article 3 : Chaque contribuable Français s’acquitte désormais de tout impôt par règlement sur le compte bancaire de l’Empereur de France prévu à cet effet, en lieu et place de celui du Trésor Public.
C’est tout pour aujourd’hui. Il faut que je vous laisse, j’ai un emploi du temps bien rempli à cause de mes nouvelles fonctions, et un paquet de lois sur le droit de cuissage de l’Empereur de France à préparer.

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